email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

LOCARNO 2019 Compétition

Critique : The Science of Fictions

par 

- Avec ce film par Yosep Anggi Noen, il semble que la compétition pour le film le plus singulier célébrant le cinquantenaire du premier homme sur la Lune ait trouvé son gagnant

Critique : The Science of Fictions

Le film présenté par Yosep Anggi Noen en compétition internationale au Festival de Locarno, qui a réuni les efforts de l’Indonésie, la Malaisie et la France, fait l'effet d'être une vaste blague très alambiquée, qui prépare d'emblée sa chute en élaborant la situation suivante : un modeste fermier flâne et se retrouve dans un endroit qu’il croit complètement désert, pour se rendre compte qu’une équipe de film y est en plein tournage de la scène du premier alunissage de l’Histoire, rien que ça. Comme on peut le prévoir, les témoins de ce genre d’activités ne sont pas les bienvenus et dès qu’il est capturé, Simian se fait couper la langue. Et ce n'est pas la seule représaille que va lui réserver The Science of Fictions [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
. À partir de ce moment-là, tout en restant totalement silencieux, il ne se déplace plus qu’au ralenti, exactement comme les astronautes dans l’espace – ou s’agissait-il d’une forêt sombre ?

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Jusque là, on est dans le registre Buster Keaton – et comme Gunawan Maryanto, qui arbore le même genre de visage impassible, exploite chaque interminable mouvement et chaque geste tandis que ceux qui l’entourent se rongent les ongles de frustration, on pourrait prendre l'ensemble pour de la pure comédie slapstick, si ce n'était la survenance de quelques événements plus raides au début. Sauf que le concept de base, aussi singulier qu’il soit, n’est qu’un point de départ qui va mener tout droit dans les arcanes sombres de la société, et pas seulement de la société indonésienne, bien que Noen ne soit pas trop soucieux de cacher les détails qui font plus local, et semble bel et bien garder également en tête les massacres de 1965, qui ont coûté des centaines de milliers de vies et qu'on a pourtant balayé sous le tapis. Le film réfléchit sur la société partout, nous rappelant que bien que le terme soit extrêmement à la mode en ce moment, les "fake news" ne sont certainement pas nées hier. Tout cela en reprenant un événement iconique dont la contestation, après de nombreux fils de discussion et des documentaires "coups de poing" accusant tout le monde (surtout Stanley Kubrick), est passée du statut de folle théorie du complot à celui d'idée plutôt acceptable.

Le réalisateur semble indiquer que, des gens qui ont été méticuleusement effacés de vieilles photos aux famines qui ont tué des millions de personnes mais n'ont jamais été reconnues (on pense immédiatement à Mr. Jones [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Agnieszka Holland
fiche film
]
d'Agnieszka Holland, en lice à Berlin en février, où un seul homme voulait révéler la vérité sur l'Holodomor survenu dans les années 1930), les mensonges, vieux et nouveaux, sont partout. Comme les termes sont dictés par la majorité et non par le bon sens, l'expérience sur le conformisme de Asch se réduit à présent à de simples "j'aime" et à des "retweets". Bien que le film ne soit pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions, car il n'arrive pas à maintenir notre intérêt et il est gâché par un dénouement vraiment mauvais, bien trop sentimental, on ne peut pas se défaire en en sortant d’un certain sentiment de mélancolie : l’idée que la seule personne qui refuse d'accepter la folle supercherie soit un homme ridiculisé, condamné à se déplacer comme un escargot, qui passe par miracle devant le flot constant des informations de plus en plus absurdes, est tout à fait frappante. Car mince alors, pour autant qu'on sache, le premier alunissage de l'Histoire pourrait très bien avoir été tourné en Indonésie. Certains fils de discussion s’allument au moment où l'on parle.

The Science of Fictions a été produit par Noen, Edwin Nazir, Arya Sweta et Yulia Evina Bhara pour Angka Fortuna Sinema, Limaenam Films et Kawankawan Media en coproduction avec Andolfi (France), Astro Shaw, GoStudio et FOCUSED pour les équipements. Les ventes internationales du film sont assurées par l'enseigne chinoise Rediance.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.