email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SARAJEVO 2019 Compétition Documentaires

Critique : Palace for the People

par 

- Ce documentaire par le duo bulgare formé par Boris Missirkov et Georgi Bogdanov s'intéresse à cinq constructions monumentales héritées de l'ère communiste

Critique : Palace for the People

Les artistes et réalisateurs bulgares Boris Missirkov et Georgi Bogdanov sont les fondateurs de la société de production de documentaires la plus prolifique de leur pays, Agitprop, pour laquelle ils ont déjà réalisé des films encensés, comme The Mosquito Problem and Other Stories, Corridor #8 et Dad Made Dirty Movies. Au festival DOK Leipzig, ils ont présenté en première mondiale leur long-métrage documentaire Palace for the People [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, à présent en lice dans la section Documentaires du Festival de Sarajevo (16-23 août).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Le film se concentre sur cinq constructions monumentales érigées en Europe pendant la période communiste : l’Université d’État Lomonosov de Moscou, le Palais de la Fédération de Belgrade, le Palais de la République de Berlin (le seul de ces bâtiments qui ait été démoli), le Palais national de la Culture de Sofia et la Maison du Peuple de Bucarest. Le documentaire, divisé en chapitres dédiés aux édifices individuels, combine images d’archives, interviews d’experts, d’architectes et d'employés (anciens ou actuels) travaillant dans ces lieux et segments réalisés selon les techniques du documentaire d’observation.

Bien que ce sujet fournisse une opportunité de replacer ces bâtiments dans le contexte clef de ces sociétés à l’époque mais aussi de les connecter au présent, Palace for the People paraît plus dévoué à son style parfaitement vernis qu'à son contenu. Ce qu’on apprend ici sur chacun des bâtiments évoqués figurerait parmi les premiers résultats d’une recherche Google rudimentaire, et le film entre rarement dans plus de détails.

Lomonosov a vraiment tout d'une ville contenant tout le nécessaire pour vivre, le Palais de Belgrade a été le centre politique de la Yougoslavie et c’est à présent une attraction pour les touristes, le Palais de la République de Berlin a été la plus grande merveille technique de son époque (fruit de la combinaison de l’efficacité allemande avec l’idéologie communiste), le Palais national de Sofia est le centre multifonctionnel le plus vaste d'Europe du Sud-Est et Ceausescu a construit le Palais du Peuple de Bucarest après le tremblement de terre de 1977, déplaçant des églises vieilles de plusieurs siècles pour faire de la place au deuxième bâtiment le plus étendu du monde après le Pentagone.

Plusieurs des personnes interviewées expriment leurs opinions politiques, ce qui pourrait conduire à établir un dialogue entre opinions divergentes et entre les différents segments du film, mais Missirkov et Bogdanov ne saisissent pas la balle au bond. Quand le curateur du Palais de Belgrade dit que Tito était un dictateur, il n’y a personne pour s’opposer à cela et aucun lien n'est établi avec, par exemple, Honecker ou Ceausescu. Au lieu de cela, une employée du palais explique pourquoi elle aime boire son café dans telle ou telle salle en particulier et qu'elle a grandi en Yougoslavie, de sorte qu'elle a été effondrée quand le pays s'est disloqué – le genre de témoignage qu’on trouve dans 90 % des films sur cette période.

Dans ce qui pourrait être une tentative de connecter les segments les uns aux autres, les réalisateurs intègrent des définitions encyclopédiques de termes comme "fédération", "mémoire", "temps", "communisme", et ils citent Karl Marx et Boris Groys. Ces passages sont lus par un narrateur dont la voix est accompagnée du son de l’aiguille d’un tourne-disques sur un vieux vinyle, ce qui ajoute à l'impression qu'ici le style, superficiel, domine le contenu. De la même manière, la musique, employée de manière légèrement comique, renvoie à des périodes particulières, mais l'accord avec les visuels se fait plus sous forme de clin d’œil complaisant que pour les démultiplier, ce qui en dit long sur la position d’élévation dans laquelle les auteurs se perçoivent par rapport à leur sujet.

Il serait difficile d’arriver à proposer un regard vraiment en profondeur sur un sujet aussi complexe, dans la mesure où chacun de ces bâtiments pourrait donner lieu à un film de 90 minutes fascinant. Une série documentaire aurait probablement été un format plus adapté.

Palace for the People a été coproduit par Agitprop (Bulgarie), Filmtank (Allemagne) et Icon Production (Roumanie), avec la participation de la chaîne suédoise SVT. Les ventes internationales du film sont assurées par l’agence parisienne Wide House.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.