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SARAJEVO 2019 Compétition

Critique : Rounds

par 

- Dans son nouveau film, Stephan Komandarev explore les problèmes de la société bulgare trente ans après la chute du communisme

Critique : Rounds
Stoyan Doychev et Vassil Vassilev-Zueka dans Rounds

Deux ans après avoir considéré les gens de Sofia à travers le regard des chauffeurs de taxi dans le film Taxi Sofia [+lire aussi :
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, sélectionné à Cannes dans la section Un Certain Regard, le réalisateur bulgare Stephan Komandarev s'enfonce encore davantage au cœur des problèmes sociaux de son pays avec Rounds [+lire aussi :
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, actuellement en compétition au Festival de Sarajevo. Bien que le film essaie de couvrir une liste trop longue de sujets, il propose une combinaison d’émotions et de propos pertinents qui reste efficace.

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Les événements racontés ici par Komandarev et son co-scénariste Simeon Ventsislavov (Ága [+lire aussi :
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, Taxi Sofia) commencent le soir du 9 novembre 2019. Le lendemain, la Bulgarie doit fêter le trentième anniversaire de la chute du communisme, de sorte qu’il est facile d’accepter en regardant le film la convention suivante : la plupart des personnages sont portés à réfléchir sur les nombreux échecs que le pays semble avoir connus depuis 1989, pour peu de succès. Bien que certaines parties de l’histoire aient été calées là juste pour compléter le puzzle compliqué qu'est (du moins selon le film) la société bulgare d’aujourd’hui, le film communique avec efficacité la frustration qu’on ressent quand on vit dans un pays où peu ou prou n’a changé (quoique l'argument soit tout à fait discutable) depuis trois décennies de démocratie troublée et incomplète.

Alors que dans Taxi Sofia, Komandarev utilisait des chauffeurs de taxi comme témoins ou commentateurs de plusieurs événements significatifs, Rounds considère directement un élément actif de la société : ses forces de police. Tout se passe comme si les scénaristes avaient repris cette célèbre citation de Joseph de Maistre, "Chaque nation a les politiciens qu’elle mérite", comme prisme à travers lequel analyser les protecteurs de la société. Et ces protecteurs, il faut le dire, ne sont pas toujours à la hauteur de leur mission, ce qu’on apprend dès la toute première séquence – où deux policiers (Ivan Barnev et Assen Blatechki) trouvent un corps près de rails ferroviaires et se dépêchent de le déplacer à quelques mètres, sur le champ de compétence d'un autre commissariat de police.

Les tribulations auquel on assiste, celles de cinq policiers et une policière (mais que les féministes ne se réjouissent pas trop vite : elle a une liaison avec son partenaire de patrouille,), permettent de couvrir des sujets aussi variés que la corruption, l'incompétence des services d’urgence, le vandalisme, le trafic humain, l’immigration illégale, les comportements de maltraitance, les protestations pacifiques et l’abus de pouvoir, entre autres. L’histoire est loin d’un récit façon tranche de vie ; on est plus un registre style IKEA ("Voici votre cuisine, votre salon et votre chambre dans seulement 25 m²") qui peut sembler forcé, parfois, mais permet aux messages de se faire clairement entendre du public.

À un moment, Rounds cesse d'être un catalogue de problèmes sociaux pour devenir un film sur la dignité, l’espoir et le fait de garder la tête haute face à l’adversité. Très bien soutenu par les performances engagées de Barnev, Blatechki, Irini Jambonas, Stefan Denolyubov, Stoyan Doychev et Vassil Vassilev-Zueka (pour ne nommer que les acteurs qui jouent les agents de police), ce film devient un miroir de la société bulgare, un miroir où beaucoup des spectateurs qui vont aller voir le film à sa sortie dans son pays vont se reconnaître. À vrai dire, Rounds est un miroir pour tous les habitants des pays anciennement communistes de la région, car ils ont tous, chacun sa manière, fait face à des difficultés similaires.

Rounds a été produit par Argo Film (Bulgarie) et See Film Pro (Serbie) en coproduction avec Doli Media Studio (Bulgarie) et Contrast Films (Bulgarie) et en collaboration avec Deuxième Ligne Films (France). Les ventes internationales du film sont gérées par l’agence allemande Beta Cinema.

(Traduit de l'anglais)

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