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VENISE 2019 Giornate degli Autori

Critique : La Communion

par 

- VENISE 2019 : Dans son nouveau film, superbe, Jan Komasa enquête sur la dynamique sociale d'une petite communauté où arrive un nouveau prêtre qui cache sa véritable identité

Critique : La Communion
Bartosz Bielenia dans La Communion

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, projeté au Giornate degli Autori de la Mostra de Venise, Jan Komasa se penche sur la vie d’un petit village polonais, et y observe les conflits, les mentalités et la prédisposition de ses habitants à être influencés à la fois par des leaders sincères et loyaux et par des imposteurs. Le plus grand allié du réalisateur ici est Bartosz Bielenia, l’acteur principal, qui travaille essentiellement dans le secteur du théâtre indépendant en Pologne. Bielenia parvient à entrer dans le psychisme de son personnage et à nous livrer sa lutte intérieure, avec un tic nerveux par-ci et un regard glacial bleu perçant par-là. Son charisme à l’écran est époustouflant. L’histoire, divinement conçue, laisse de nombreuses questions en suspens – par exemple : pour quelles raisons les gens forment-ils des communautés ou encore pourquoi veulent-ils à tout prix créer des divisions au sein de ces groupes ?

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Daniel (Bielenia), la vingtaine, a un passé bien rempli par rapport à ce qui s'annonce pour son avenir. Il est détenu dans un centre pour jeunes délinquants, où il est constamment mis sous pression et vit dans la crainte de voir ses précédents délits se retourner contre lui. Son seul véritable ami est un prêtre à la fois cruel et ouvert d’esprit (Lukasz Simlat de United States of Love [+lire aussi :
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). Daniel rêve de suivre ses traces et de devenir, lui aussi, un homme d’Église, mais son passé d’ancien détenu l’en empêche. Ses vœux vont, cependant, très vite devenir réalité, et ce d’une façon totalement inattendue, et très ironique aussi. À sa sortie du centre, quand Daniel est envoyé dans un petit village perdu pour travailler dans un atelier, ses convictions prennent un autre tour. À l’église, il fait la connaissance d’une jeune fille un peu rebelle (Eliza Rycembel dans Nina [+lire aussi :
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) et se fait passer pour un prêtre. Ce qui n’était initialement qu’une plaisanterie devient un vrai travail – Daniel doit revêtir la soutane et lire l’Évangile. Au fil de l’histoire, il se voit confronté à un secret tragique qui ronge la communauté tel un cancer, se fait de nouveaux alliés et aussi de nouveaux ennemis, et doit faire face à ses propres problèmes. On a envie de prier pour lui et d'assister à sa chute en même temps.

L’histoire, scénarisée par Mateusz Pacewicz à partir de faits réels, a la structure réussie d’un road movie émotionnel et spirituel. Daniel a obtenu ce qu’il voulait, il a vu son vœu se réaliser, mais maintenant il doit en subir les conséquences. Alors qu’il s’investit de plus en plus auprès de ses paroissiens, il s’enfonce également davantage dans le mensonge, au fur et à mesure que les enjeux deviennent plus sérieux. Tout au long du film, le spectateur reste toutefois incapable de déterminer si Daniel est un vrai repenti ou juste un imposteur qui prend un malin plaisir à manipuler les gens.

Komasa, qui a précédemment travaillé sur un film à gros budget sur l’insurrection de Varsovie (Warsaw 44 [+lire aussi :
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), explore ici ses thèmes favoris : il enquête sur les structures sociales et les conflits entre les classes, cherche à savoir s’il existe un équivalent séculier à la congrégation, affiche sa méfiance à l’égard des autorités et, dernier élément mais pas des moindres, exprime une empathie teintée de mépris envers les exclus. Le film lui permet également d’exhiber ses points forts. Ses acteurs, comme d’habitude, interprètent brillamment leur rôle, et son étroite collaboration avec son directeur de la photographie, Piotr Sobociński Jr. (Silent Night [+lire aussi :
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), ajoute une autre couche narrative à l’histoire : l’utilisation d’images statiques et de variations de couleurs permettent de faire ressortir l’état intérieur de chacun des personnages. Le fait que La Communion ainsi que d’autres films polonais récents, dont Mug [+lire aussi :
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de Malgorzata Szumowska et Clergy [+lire aussi :
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de Wojciech Smarzowski, aient choisi de s’intéresser à la dynamique sociale de petites communautés, de tenter de bousculer ou critiquer les structures des pouvoirs en place, et de remettre en question “les vieilles méthodes” paraît très révélateur. Il semblerait que les ordres religieux ne soient pas les seuls à exiger des confessions pour pouvoir avancer.

La Communion a été produit par la société de production polonaise Aurum Film, en coproduction avec Canal+ Polska, WFS Walter Film Studio et la société française Les Contes Modernes, et ses ventes à l’international sont assurées par New Europe Film Sales.

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(Traduit de l'anglais par Delphine Tomlins)

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