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VENISE 2019 Orizzonti

Critique : Atlantis

par 

- VENISE 2019 : Valentyn Vasyanovych trouve l'amour dans un lieu sans espoir dans un des films les plus intéressants au sein du programme de la section Orizzonti

Critique : Atlantis

Après le film d'auteur-phénomène The Tribe [+lire aussi :
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l’année dernière, deux films qu’il a produits, le réalisateur ukrainien Valentyn Vasyanovych s’est établi comme un cinéaste polyvalent, avec beaucoup de goût. Bien qu’il soit complètement différent des films précités, Atlantis [+lire aussi :
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joue vraiment avec le même genre de qualités, et c’est facilement un des films les plus intéressants de la section Orizzonti cette année à Venise, en plus d'être un film assez difficile à catégoriser. C’est en partie, on suppose, un commentaire sur l’agitation politique actuelle, qui se poursuit encore maintenant, et en partie une vision post-apocalyptique sur univers détruit, semblable à un désert, qui aurait sa place dans un chapitre de la saga Mad Max, sans les méchants gangs de motards.

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Le film se passe dans le futur, en 2025 pour être précis, dans une Ukraine de l'Est où la guerre est finie depuis un an. La zone a déjà été jugée inadéquate pour être habitée, car l’environnement a été si brutalement ravagé que les changements survenus, nous informe-t-on, sont grosso modo irréversibles à ce stade. Faisant écho à l’affirmation du réalisateur selon laquelle "le plus gros problème du Donbass n’est pas la dégradation économique, mais la catastrophe écologique", c’est un film qui parle de la guerre comme une menace directe sur l’environnement et pas seulement une opération militaire qui va être exécutée et puis oubliée. C’est une catastrophe qui ne s’arrête pas à son environnement immédiat, mais qui se répercute jusqu’aux gens, qui font tous face au même genre de traumatisme et se débattent pour avoir une vie qui ressemble à une vie. On est même forcé de se servir d’un seau, au milieu de nulle part, pour prendre un bain digne de ce nom.

On vous l'accorde, ce n’est pas un monde auquel il est facile de s'adapter, comme le montre le cas de Sergiy (Andriy Rymaruk, qui a lui-même vécu les horreurs de la guerre), un ancien soldat souffrant d'un syndrome post-traumatique. Mais bon, soit c’est ça, mais soit tu fais ton sac et tu pars, or il ne semble pas prêt à cela. Il décide alors de rejoindre une organisation appelée la Mission Tulipe noire, qui déterre des corps qui n’ont pas eu droit à un vrai enterrement, des corps appartenant à des "gens qu’ils ont laissés derrière". Chacun raconte sa propre histoire, qui se fait enfin entendre à travers l’analyse détaillée, dépourvu d’émotion, des restes des dépouilles – l’expression déterrer les vieux squelettes prend ici un sens tout différent.

Vasyanovych semble s’amuser avec ce cadre minimaliste qui, au lieu d’évoquer une réalité reconnaissable, crie le nom d'Orwell ou de cette pub Apple Macintosh 1984 par Ridley Scott. Et pourtant – pour autant que l’auteure de ces lignes déteste l’expression – il trouve de l’espoir dans le désespoir, et arrive même à presser un peu d’amour, comme dit la chanson de Rihanna, de ce triste fruit. Le film est parfois un peu trop lent, et il n'a clairement pas bénéficié d'un budget digne de ce nom, mais il nous livre une scène franchement magnifique sur l'éveil du désir, qu'il laisse de développer dans une de ces séquences excessivement longues que l'auteur semble tellement adorer. Atlantis, apparemment partiellement inspiré des nouvelles sur la détérioration tragique de la qualité de l’eau dans les territoires occupés, pourrait bien être le film le plus original du cinéma ukrainien récent, qui est en train de se forger une voix et commence à aborder même les problèmes les plus inconfortables. C’est principalement parce qu’il ne le fait jamais directement et, malgré toutes les difficultés, parvient, eh oui, à trouver l’amour dans un endroit désespéré.

Atlantis, également scénarisé par Valentyn Vasyanovych, a été produit par Vasyanovych lui-même et Iya Myslytska pour Garmata Film Studios, ainsi que Vladimir Yatsenko pour Limelite [+lire aussi :
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. Les ventes internationales du film sont assurées par Best Friend Forever.

(Traduit de l'anglais)

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