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RENCONTRES DIJON 2019

Netflix France "ouvert à la discussion et capable d’évoluer"

par 

- La plateforme qui sera bientôt contrainte légalement de participer au financement de la création française a joué l’ouverture lors des Rencontres Cinématographiques de l'ARP

Netflix France "ouvert à la discussion et capable d’évoluer"
La directrice des relations institutionnelles de Netflix France Marie-Laure Daridan aux Rencontres Cinématographiques de Dijon (© l'ARP)

La fusée est quasiment prête à décoller ! La transposition dans le droit français de la directive européenne SMA qui fixe aux plateformes SVOD un quota de 30% d’œuvres européennes dans leurs catalogues et qui va les faire entrer en France dans le cercle des contributeurs au financement de la création audiovisuelle et cinématographique, est imminente.

Insérée dans un vaste projet de loi sur l’audiovisuel qui sera dévoilée le 4 décembre au Conseil des ministres et qui passera au Parlement au premier trimestre 2020, ce big-bang donne le coup d’envoi des négociations entre chaque plateforme (Netflix en tête) et les organisations professionnelles du cinéma français afin de se mettre d’accord sur les détails des obligations qui pourront être plus ou moins nombreux et techniques : de la définition de l’assiette du financement (sur le nombre global d’abonnés français ou sur leur volume de consommation de séries et de films) aux modalités du financement (préachat ou achat, sans condition ou avec des garde-fous pour protéger la production indépendante par exemple, etc.).  

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Invitée à participer à un débat à Dijon à l’occasion des 29es Rencontres Cinématographiques de l'ARP (Société civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs), Marie-Laure Daridan, la directrice des relations institutionnelles de Netflix France s’est montrée à la fois ouverte et prudente sur cette évolution inéluctable pour la plateforme (en cas d’inaboutissement des négociations – ce que personne n’envisage, même si elles prendront vraisemblablement un certain temps  - l’autorité française de régulation aura le pouvoir de siffler la fin de la partie, ce qui instaurait un statut d’illégalité) : "ce projet de loi, nous en faisons une lecture très positive. Cela va dans le sens de nos intentions en France et de la réalité de notre activité en France où nous dépassons maintenant les 6 millions d’abonnés au terme de cinq années seulement de présence. Nous voulons développer des contenus locaux avec des talents locaux pour une audience locale. En 2019, nous avons lancé 15 projets français originaux Netflix, en particulier des séries comme Mortel de Frédéric Garcia (avec Mandarin Télévision), un jeune réalisateur issu de La Fémis. En 2020, ce sera un volume équivalent avec entre autres Révolution ou encore Arsène lupin (avec Omar Sy dans le rôle principal). A ceci s’ajoutent les achats comme Banlieusards de Kery James (qui a été visionné par 2,6 millions de foyers dans le monde en sept jours), Braqueurs [+lire aussi :
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ou encore Le Chant du loup [+lire aussi :
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qui a enregistré l’un de nos meilleurs résultats dans le monde pour les films en langue non-anglophone et dont nous avions acheté les droits pour les territoires encore disponibles. Nous avons choisi d’investir en France avant d’y être obligé. Il y aura bien sûr des discussions, mais nous sommes prêts à engager des négociations interprofessionnelles. Pour nous, c’est totalement nouveau, mais nous sommes confiants pour trouver des accords satisfaisants pour tout le monde."

Une évolution importante semble d’ores et déjà avoir été actée chez Netflix France en matière de contrat puisque les règles américaines qui donnent au producteur le dernier mot et le final cut (alors que la loi française reconnaît un droit moral au créateur) ne seraient plus d’actualité selon Marie-Laure Daridan : "la réalité est simple : tous nos contrats sont conformes au droit français, y compris en ce qui concerne le droit moral." Par ailleurs, en ce qui concerne la transparence des chiffres de visionnage, de petits progrès sont notables pour une plateforme autrefois totalement opaque dans ce domaine : "nous avons évolué et entendu. Depuis quelques mois, nous communiquons aux producteurs et aux talents les données de performance sous sept jours".

En revanche, en ce qui concerne la durée des droits d’exploitation des oeuvres, la directrice des relations institutionnelles de Netflix France s’est montrée beaucoup plus réservée, renvoyant la question (comme beaucoup d’autres) aux futures négociations. Elle a aussi profité de l’occasion pour avancer quelques pions : "dans le cadre de ces obligations, j’ai cru comprendre qu’il y aurait une révision de la chronologie des médias. Il y une complémentarité évidente entre les salles de cinéma et notre service. Ailleurs qu’en France, nous sortons nos films en salles, mais ici nous avons cette contrainte de la chronologie. Ce qui compte pour nous, c’est la satisfaction de nos abonnés car ils financent notre contenu. Or, s’ils doivent attendre longtemps ou très longtemps avant de découvrir le film sur Netflix, c’est compliqué..." Une manœuvre tactique à laquelle a répondu en écho dans la salle un professionnel se demandant en quoi la série Peaky Blinders pouvait bien être un Original Netflix (réponse : "pour la mettre plus en valeur, la faire remonter dans le service, mais nous sommes prêts à en discuter"). Bref, des échanges à fleurets mouchetés qui annoncent une jolie partie d’échecs avec ces négociations qui offriront à leur terme une manne salvatrice pour le financement de la production française, mais reste à savoir sous quelle forme exacte et si l’ensemble du secteur en profitera équitablement. Affaire à suivre…

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