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BERLINALE 2020 Panorama

Critique : No Hard Feelings

par 

- BERLINALE 2020 : Le gagnant du Prix Teddy cette année, où se superposent des intrigues autour des motifs de l'homosexualité et de la migration place Faraz Shariat au rang des réalisateurs à suivre

Critique : No Hard Feelings
Benjamin Radjaipour dans No Hard Feelings

Quand on pense qu'un des premiers (et à ce jour un des meilleurs) films sur la vie des immigrants de la deuxième génération, My Beautiful Launderette de Stephen Frears, adaptation d'un roman de Hanif Kureshi où Daniel Day-Lewis et Gordon Warnecke jouaient deux garçons follement amoureux, remonte à 1985 et aux années Thatcher, on se dit qu'il est bien triste qu’il n’y ait pas eu davantage de travaux explorant en même temps l’homosexualité et les questions raciales. Et ceux qui l'ont fait se sont avant tout concentrés sur le conflit des générations et le rejet culturel. Ce vide semble avoir été enfin plus ou moins comblé par l’arrivée de No Hard Feelings [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Faraz Shariat
fiche film
]
de Faraz Shariat dans la section Panorama du 70e Festival de Berlin, au terme duquel le film a décroché le Teddy Award de l'année. C'est un titre tellement riche en questions problématiques – l’homosexualité, la famille, les réfugiés, la migration et l’amour – qu’il aurait facilement pu tomber dans un infernal écueil mélo, mais au lieu de cela, Shariat se pose en réalisateur porteur de l’avenir du cinéma queer, avec une histoire sur les barrières qui s’opposent à l’assimilation culturelle.

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Une vidéo amateur en VHS d’un petit garçon de naissance allemande avec des racines à Téhéran qui chante et danse vêtu d'une robe à côté du poste de télévision de ses parents constitue la scène d’ouverture du film. Deux décennies plus tard, ses parents appellent Parvis-Joon (Benjamin Radjaipour) le soir du Nouvel An, au moment où va entrer en boîte. Cette scène de night club apparemment joyeuse se finit abruptement, quand le garçon allemand qu’il est en train d’embrasser lui demande : "Au fait, tu es d’où ?". C’est la question la plus rageante qu’un immigré de la deuxième génération peut entendre. Pour l’Allemand, elle semble bien innocente, mais pour Parvis, c’est une tentative de le projeter dans l’altérité, de le faire se sentir comme un intrus dans son propre pays. Certaines personnes ne le verront jamais comme un Allemand, aussi assimilé qu'il puisse être. Plus que l’homosexualité de Parvis, ici c'est la question "Qui suis-je ?" qui domine l'histoire, inspirée de l'expérience personnelle du réalisateur. Parvis est parvenu à se faire accepter par sa famille et ses parents commerçants pour ce qu’il est, et personne ne nourrit aucun ressentiment du fait de ses préférences sexuelles – juste pour son penchant pour le vol à l’étalage. Cette décision narrative permet à Shariat d’explorer la manière dont les immigrés gays sont traités en Allemagne, par les Allemands de sang et par ceux qui arrivent d'autres pays. C’est un nouvel angle, plus intéressant.

Le ton est léger. Parvis, avec ses cheveux blonds, est un type drôle et attachant qui peut être un peu idiot, comme on le voit quand il essaie de traduire pour la Croix-Rouge dans un centre de réfugiés. L’histoire passe du drôle au triste comme une balançoire sur un terrain de jeu. Au centre pour réfugiés, Parvis se lie d'amitié avec une soeur et son frère, Banafshe (Banafshe Hourmazdi) et Amon (Eidin Jalali), qui attendent de savoir s’ils vont pouvoir rester en Allemagne, mais d’autres gens au centre se méfient d'emblée de son homosexualité – "C’est contagieux, cette merde", dit l'un d'entre eux. Shariat joue avec le fait que bien que les Allemands méprisent Parvis, son statut est plus élevé que celui de ceux qui demandent l'asile. Chaque rencontre sexuelle avec un Allemand se conclure par une forme de catégorisation selon les stéréotypes raciaux.

On regrette que les scènes de sexe soient trop explicites dans ce film qui aurait sinon le ton de légèreté parfait, car à cause de cela, seul le public adulte va y avoir accès. En Allemagne, le film est interdit au moins de 16 ans, alors que cet excellent récit réunissant plusieurs problématiques autour du motif de l'identité mériterait d’avoir un public aussi vaste que possible.

No Hard Feelings est une production allemande de Jünglinge Film en coproduction avec Jost Hering Filme, Iconoclast Germany et La Mosca Bianca Films. Les ventes internationales du film sont gérées par m-appeal.

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(Traduit de l'anglais)

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