email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CPH:DOX 2020

Critique : Being Eriko

par 

- Dans ce portrait trop unilatéral d'Eriko Makimura par Jannik Splidsboel, la pianiste japonaise cherche du sens ailleurs que sur les touches de son clavier

Critique : Being Eriko

Being Eriko de Jannik Splidsboel, présenté en première mondiale au festival CPH:DOX de Copenhague, où il a remporté la section NORDIC:DOX, aurait probablement bénéficié d’un titre plus inventif, car "être" ou "se chercher" est précisément ce que la plupart des personnages qui font l'objet de documentaires semblent faire ces derniers temps. Il est vrai qu’ils n'en sont pas toujours conscients, les pauvres, contrairement à la pianiste japonaise très consciente d'elle-même Eriko Makimura, qui vit à présent en Europe et qui est bien déterminée à ne pas répéter les erreurs de son éducation extrêmement stricte – toute son enfance, "la pianiste est passée avant le fait d’être Eriko".

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cela ne signifie toutefois pas nécessairement délaisser complètement sa vocation – car cela reste plus une vocation qu’un simple métier, et celle-ci a dominé sa vie depuis l'âge de deux ans à peine. Cependant, finalement libérée des nombreuses restrictions qui lui était imposées par sa carrière de pianiste classique, Makimura teste à présent les limites des touches et marteaux de son instrument, que ce soit en le remplissant de lumière et de boules de plastique pour un spectacle ou en partageant des histoires de vie intimes avec le public, probablement plus habitué aux artistes discrets qui ne quittent pas leur Chopin des yeux.

Splidsboel oscille ici entre le public et le personnel, bien que sa boule de feu de personnage central semble résolue à briser constamment ce genre de séparation frivole, passant de spectacles de plus en plus extravertis dans différents pays, notamment la Pologne, à de longues discussions avec des gens qui comprennent réellement son dilemme : une ancienne danseuse classique qui a choisi de privilégier la famille sur son métier dévorant ou une bonne amie, qui est capable d’écouter tout en jouant à se déguiser comme si on était à une "tea party" chez le Chapelier fou. Hélas, bien que toutes les pièces de ce morceau soit saisissantes, les conversations se noient dans les clichés plus souvent qu'à leur tour, annonçant par exemple que "c’est ennuyeux d’être normal" ou que "la vie, ce davantage qu'être mis dans une boîte". À se demander où est le Lièvre de mars quand on a besoin de lui.

C’est principalement pendant ces "séances de thérapie" que le passé de Makimura s'avère impossible à oublier complètement, en dépit de tous les changements qu’elle a faits consciemment au fil du temps. Elle continue de travailler énormément, malgré tous ses souvenirs d’enfance douloureux, car elle est incapable d’arrêter la musique – juste obligée de comprendre comment se donner la priorité à elle tout en continuant de jouer. C’est un combat intéressant à suivre (car ce qui ne vous tue pas peut peut-être vous rendre meilleure artiste, semble-t-il), mais inutile d’espérer que le film arrivera à une conclusion satisfaisante. La quête d’Eriko étant clairement loin d’être terminée, le film de Splidsboel fait par moments l'effet d'être un "travail en cours" avalé par une personnalité "plus grande que la vie" qu'il suit comme un mouton docile. Peut-être que c’est ça l’idée : "chercher Eriko". Clairement, Splidsboel essaie.

Being Eriko est une production danoise de Sara Stockmann et Håvard Wettland Gossé pour Sonntag Pictures et Spætt Film AS. Les ventes internationales du film sont gérées par Sonntag Pictures.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy