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CANNES 2020 Marché du Film

Le Marché du Film explore le sujet “Créer la nouvelle normalité : l’intersectionnalité dans le secteur du cinéma"

par 

- CANNES 2020 : Anna Serner du SFI, Emilia Roig du Center for Intersectional Justice et Franklin Leonard de The Black List en appellent au secteur pour traiter les discriminations à tous niveaux

Le Marché du Film explore le sujet “Créer la nouvelle normalité : l’intersectionnalité dans le secteur du cinéma"
Les participants à la discussion “Créer la nouvelle normalité : l’intersectionnalité dans le secteur du cinéma"

Anna Serner, la directrice du Swedish Film Institute, en a appelé au secteur du cinéma d’arrêter de parler de faire des changements par rapport à répartition des sexes et la constitution démographique de leurs sociétés et d’agir vraiment. Elle parlait en particulier des "gens qui ont le pouvoir de fixer un objectif de manière à établir clairement où ils veulent qu'arrivent leurs sociétés de production ou leurs institutions de financement, et de se mettre à en prendre la direction". Serner a ajouté que ceux qui ont de l’autorité devraient employer des entités extérieures pour analyser leurs sociétés et mettre en place leurs suggestions pour que les changements se produisent.

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Serner s'exprimait dans le cadre d’une table ronde du Marché du Film Online de Cannes intitulée “Créer la nouvelle normalité : l’intersectionnalité dans le secteur du cinéma", à laquelle ont également pris part Emilia Roig, du Center for Intersectional Justice (ICJ), et Franklin Leonard de The Black List. La discussion était modérée par le correspondent de Cineuropa Kaleem Aftab.

Au début de la rencontre, Serner a évoqué la campagne pour la parité des sexes qu’elle a lancée à Cannes en 2016 : 50/50 d’ici 2020. "Quelqu’un nous a volé 2020, n’est-ce pas ? Et c’est une bonne nouvelle, parce que sinon, notre entreprise se serait terminée là alors qu'à présent, il faut qu’on continue de travailler." Arriver à accorder un nombre égal d'aides financières aux hommes et aux femmes a fait la lumière sur d’autres problèmes, a-t-elle souligné, comme la disparité des volumes financiers accordés aux hommes et aux femmes, et l'échec à accorder des subventions à un pool démographique suffisamment grand, des questions qu’elle est à présent déterminée à aborder au sein du Swedish Film Institute. "Nous sommes arrivés au 50/50 en Suède, mais plus on scrute les chiffres, moins on y trouve d'égalité".

Serner a ajouté : "Nous n’avons pas encore atteint l’égalité au niveau des financements. Pour moi, il est très clair depuis un moment que nous avons perdu sur la plan de l’intersectionnalité ; nous n’avons pas parlé de race, nous n'avons pas parlé du groupe queer et nous n’avons pas parlé de toutes les femmes".

Le terme intersectionnalité a été expliqué par l’experte en la matière, Emilia Roig. Le mot évoque l'idée de "se battre contre les discriminations dans le cadre où surviennent ces discriminations, s'en prendre aux inégalités dans le cadre où existent ces inégalités, et rendre les groupes et minorités marginalisés visibles à l’intérieur de sous-groupes plus grands".

Leonard, qui a récemment signé un contrat avec Hulu pour augmenter le nombre de jeunes talents de l'écriture pour la télévision latino-états-uniens, est convaincu que l’intersectionnalité n'est pas bonne que pour l'âme, mais aussi sur le plan commercial. "Non que je sois capitaliste, mais en donnant de nouveaux outils à l’industrie du film, de manière à ce que les gens qui créent les contenus ressemblent à l’audience qui les consomme, il est fort possible que vous vous portiez bien sur le plan financier grâce au fait que vous avez choisi de bien vous conduire sur le plan éthique".

La discussion, qui a parcouru un vaste éventail de sujets, a aussi envisagé la façon dont les films peuvent renforcer les stéréotypes, la question des préjugés institutionnels et le fait qu'un changement significatif va requérir une approche d’ensemble : il s'agit non seulement de changer les attitudes, mais aussi d'examiner l’architecture et la disposition des structures, créant ainsi des espaces où on se sent en sécurité et où les préjugés – nous en avons tous – peuvent être éliminés.

Pour résumer, Leonard a conseillé : "La sagesse conventionnelle de tout ce qu'on a pu nous dire sur ce qui fonctionne et ne fonctionne pas au niveau des profits générés par le cinéma, eh bien elle n'est que convention, pas sagesse. […] Je reçois des coups de fil de cadres en place depuis très longtemps qui me demandent mon avis, généralement sur les questions de race, mais aussi sur l'intersectionnalité. Je leur dis : "Vous avez deux alternatives : vous pouvez soit essayer de comprendre comment changer, soit continuer de prendre autant de mauvaises décisions sexistes, capacitistes et anti-queer qu’il est humainement possible de le faire jusqu'à ce que vos employeurs vous renvoient pour que vous puissiez enfin être remplacé par quelqu’un qui, à l'inverse, comprendra ce qu'il faut faire avant de couler l'entreprise".

Roig en a appelé aux professionnels de l'industrie du cinéma pour qu'ils laissent partir l'image du monde qu’ils croyaient vraie jusque-là. "Vous n'avez pas besoin de vous accrocher à ça. Personne ne vous a demandé de le faire. Et lâchez vos privilèges. Ça peut aussi être libérateur pour les gens qui appartiennent à la norme invisible. L’oppression n'est bonne pour personne."

Enfin, Serner a dit que tout le monde pouvait jouer un rôle en demandant incessamment à ceux qui sont au pouvoir : "Quel objectif vous êtes-vous fixé et comment prévoyez-vous de l’atteindre ? La conscience qu’on a des inégalités est bien plus forte maintenant qu'il y a cinq ans encore. Je pense qu'il faut être sur le dos des décideurs à chaque moment, à leur demander pourquoi ils ne font rien, parce qu'il n’y a aucune excuse à l'inaction".

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(Traduit de l'anglais)

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