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FIDMARSEILLE 2020

Critique : J’ai aimé vivre là

par 

- Régis Sauder signe une passionnante déambulation dans le passé et le présent de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, traversée par ses habitants anonymes et par les fascinants écrits d’Annie Ernaux

Critique : J’ai aimé vivre là

"Il me semblait que leur existence, par l’observation détaillée de leur personne, me devenait subitement très proche, comme si je les touchais", "des individus anonymes qui ne soupçonnent pas qu’ils détiennent une part de mon histoire". Mélange de description très rigoureuse de la réalité et d’une puissante acuité intellectuelle, le style littéraire d’Annie Ernaux exerce une très forte attraction sur les cinéastes de fiction (son roman L’Occupation a été porté à l’écran sous le titre L’autre [+lire aussi :
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par le duo Trividic – Bernard, et ce sera bientôt le tour de Passion simple de Danielle Arbid et de L’événement d’Audrey Diwan). Mais l’écrivaine habite également depuis plus de vingt ans à Cergy-Pontoise, à 40 km au nord-ouest de Paris, "un lieu sorti du néant" dans les années 70, "privé de toute mémoire, aux constructions éparpillées sur un territoire immense, aux limites incertaines", une "ville nouvelle" qui a irrigué son œuvre au point d’inspirer l’expérience J’ai aimé vivre là, le nouveau documentaire de Régis Sauder (apprécié notamment pour Retour à Forbach [+lire aussi :
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et Nous, princesses de Clèves), dévoilé en première mondiale dans la compétition française du 31e Festival International de Cinéma FID Marseille.

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Utopie urbanistique avec sa ville construite sur deux niveaux, le choix de privilégier les piétons, des bâtiments aux multiples formes géométriques et colorées, sa verdure omniprésente au milieu des immeubles, ses vastes esplanades, ses mini-raccourcis à foison, sa gare RER, son gigantesque centre commercial, sa Tour Bleue, son port, sa base de loisirs, sa préfecture en pyramide inversée, le bord de l’eau de la boucle de l’Oise, l’esplanade démesurée s’ouvrant sur l’horizon avec en fond les ombres de La Défense et de la Tour Eiffel : Cergy est un étonnant espace d’étrangeté, un paradoxal no man’s land traversé sans cesse par une population très cosmopolite.

En promenant sa caméra sur ce territoire et en faisant alterner les témoignage des habitants (les adolescentes Lola, Anouck et Ammis, la pionnière Claudette arrivée quand tout n’était presque encore que campagne, la Normande Ghislaine, etc.) et la lecture des écrits (par l’écrivaine elle-même ou par les personnages) d’Annie Ernaux, extraits de Journal du dehors (1993), La vie extérieure (2000) et Les années (2008), Régis Sauder retisse avec une grande délicatesse l’histoire d’une jeune cité, d’une communauté engagée, d’une âme collective fragmentée en de multiples individus et néanmoins unie par une intense mémoire et une très claire identité communes.

Finement tissé d’instantanés, d’étreintes capturées au passage, d’anecdotes, du sens du beat et des rêves d’avenir de la jeunesse aux souvenirs des plus anciens, de foi dans les vertus du melting pot de l’immigration, J’ai aimé vivre là se révèle une très riche et vivifiante promenade dans les paysages naturels (mention spéciale à un impressionnant plan séquence en drone cartographiant l’incroyable étendue et la diversité de la ville) et humains façonnée avec subtilité dans la profondeur de la pensée d’Annie Ernaux pour qui "la sensation du temps qui passe n’est pas en nous, elle vient du dehors, des enfants qui grandissent, des voisins qui partent, des gens qui vieillissent et meurent."

J’ai aimé vivre là a été produit, sera distribué en France et est vendu à l’international par Shellac.

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