email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

IDFA 2020

Critique : Le Fils de l’épicière, le Maire, le Village et le Monde

par 

- Claire Simon signe un film très attachant sur l’étonnante aventure humaine de la création de la plateforme Tënk au cœur du village ardéchois de Lussas où documentaire et agriculture vivent à l’unisson

Critique : Le Fils de l’épicière, le Maire, le Village et le Monde

"Montrer des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir, ça change le regard. Tout notre travail ici, c’est changer le regard et changer le regard, c’est changer le monde". Depuis 32 ans, le cœur du village de Lussas, 1100 habitants, niché en Ardèche, au sud-est de la France, au milieu des vignes et des arbres fruitiers, bat au rythme du documentaire d’auteur. Chaque année, à la mi-août, plus de 5500 personnes rallient les États généraux du film documentaire pour une semaine de projections d’œuvres exigeantes, dans une atmosphère festive où, le soir venu, l’on danse follement le sirtaki, au rythme de Zorba le Grec. Et le reste du temps, l’équipe de passionnés d’Ardèche Images ne chôme pas, hébergeant notamment dans ses locaux des étudiants de master en réalisation et en production. Bref, c’est un très étonnant village gaulois ouvert à la diversité culturelle, résistant encore et toujours à l’envahisseur du formatage télévisuel et se lançant même dans l’aventure de la création d’une plateforme Svod (Tënk). Mais cela reste aussi un territoire profondément rural confronté aux problématiques de la production agricole (aléas météo, pression des rendements, filière bio ou non, récoltes à la main ou à la machine, menaces des drosophiles, etc.). Un lieu unique dont Claire Simon a capté l’essence en y tournant sur trois ans ce qui est d’abord devenu une série documentaire (Le Village - 18 épisodes) avant de se métamorphoser en un long métrage, Le Fils de l’épicière, le Maire, le Village et le Monde, dévoilé en première mondiale et en compétition à l’IDFA.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

"On est tous dans la même aventure. Moi, ça fait 60 ans que j’habite dans cette maison". Le charismatique Jean-Marie Barbe, le fils de l’épicière du titre, croit fermement en la puissance de l’imagination. Figure de proue historique d’Ardèche Images, le voilà maintenant lancé avec ses équipiers (en particulier Pierre Mathéus) dans un pari loin d’être gagné d’avance : créer une plateforme diffusant 500 documentaires d’auteur par an, avec l’objectif d’en coproduire à terme 150. "On peut aussi faire des choses quand on a une vraie volonté" : nous sommes en février 2016, à l’assemblée générale constituante de Tënk, et Jean-Paul Roux, le maire de Lussas, vigneron de profession, salue l’initiative et fait également le point sur le démarrage imminent de la construction d’un bâtiment de 1500 m2 qui abritera toute l’activité Documentaire (neuf salles de montages incluses).

Deux projets, l’un dématérialisé et mondial, l’autre physique et local, dont Claire Simon suit la genèse et les premiers pas. Car tout n’est pas si simple : d’un côté, il faut de l’argent, des partenaires, une technologie, de la promotion et des abonnés pour Tënk, de l’autre le budget total de près de 3 M€ pour le bâtiment génère une certaine pression (des financements publics – région, département, État – dans la toile d’araignée des guéguerres politiques et l’épée de Damoclès de devoir rembourser, à travers les futurs loyers, la communauté de communes qui a contracté un emprunt). Crowdfunding Tënk, réunions à Paris au CNC et avec des investisseurs privés, briefings d’une l’équipe parfois traversée de sévères désaccords, pose du premier parpaing (en petite robe blanche estivale) par la ministre de la Culture (Audrey Azoulay à l’époque) pendant les États généraux, euphorie initiale et difficultés à passer le cap de rentabilité en termes d’abonnements, sujet compliqué du passage du flambeau générationnel dans un territoire que la jeunesse a tendance à quitter et qui lutte également pour préserver son identité rurale et la qualité des produits de son terroir dans une économie alimentaire mondialisée : Le Fils de l’épicière, le Maire, le Village et le Monde est un documentaire passionnant et très attachant, où "tout est imbriqué", du cinéphile au paysan, de la grue à Internet, des grêlons au soleil, des rêves aux réalités, des cerises à Scorsese, de la solitude à la foule, du microcosme Lussas au macrocosme monde.

Produit par Petit à Petit Production et coproduit par Les films de la Caravane et les Belges de Clin d'oeil films, le film est vendu à l’international par AndanaFilms.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy