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BERLINALE 2021 Panorama

Critique : Théo et les métamorphoses

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- BERLINALE 2021 : Damien Odoul s’embarque dans une expérience fracassante et fracassée, emportée dans le flux de pensées d’un jeune trisomique réinterprétant la réalité à sa guise

Critique : Théo et les métamorphoses
Théo Kermel dans Théo et les métamorphoses

"Je dois réinventer ma vie, courir le risque suprême de changer, le risque d’un déséquilibre complet". À l’image du personnage principal de sa nouvelle aventure cinématographique, Théo et les métamorphoses [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Damien Odoul
fiche film
]
, présenté au Panorama de la 71e Berlinale, Damien Odoul n’est dans son élément qu’en dehors des conventions, dans une quête existentialiste vibrante, à la fois ludique et poignante, une plongée solitaire dans de grandes profondeurs dont on ne pas dans quel état on reviendra, si jamais l’on en revient. Mais cette aspiration à un autre monde à l’intérieur de notre monde, un espace où l’imaginaire puisse redéfinir ce qui l’entoure, un paradis perdu au cœur de la nature, il s’agit de trouver le moyen de l’exprimer en film. Recréer un univers mental en pleine liberté d’imagination sans perdre le contact avec la réalité n’est évidemment pas à la portée du premier cinéaste venu et cela tombe bien car Damien Odoul ne l’est pas. Mais attachez quand même votre ceinture (après une séquence d’ouverture à couper le souffle) car le paysage surprend.

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"On nous surnomme les hommes des bois". La voix intérieure de Théo (Théo Kermel) qui préfère qu’on l’appelle To, "guide" toutes les péripéties extravagantes du film. Rien de plus normal puisqu’on est dans la tête d’un jeune homme atteint de trisomie, vivant avec son père (Pierre Meunier) dans le plus complet isolement d’une forêt cerclée de hautes montagnes. Pour Théo, "c’est un camp d’entrainement secret pour devenir un maître d’arts martiaux", "un guerrier paisible" (mais comme il le précise : "moi je ne suis pas paisible"). Sa mère est morte, mais pour donner une vague idée de la tonalité de l’ensemble, notre attachant et innocent protagoniste pense que "c’est la première femme à avoir gravi l’Everest et aussi la Vierge Marie, je crois".

Sous le soleil, les journées (passées le plus souvent nus) sont rythmées d’exercices pour travailler son Chi et trouver le bon équilibre : occire quatre mouches, se purifier dans la hutte à sudation, s’entraîner à la boxe thaï, faire des ricochets, se balader en forêt (Théo est persuadé que c’est lui qui fait apparaître les animaux – nombreux dans le film), pratiquer le jiujitsu avec un lapereau et s’auto-hypnotiser pour rejoindre son double : Tao. Pendant ce temps, le père évolue pour sa part dans une relative normalité, jusqu’au jour où il sera tué par son fils. Et si vous trouvez que ce qui précède est déjà solidement insensé, ce n’est rien par rapport à la suite du trip psycho-physiologique de Théo…

Femme-serpent shakti, ninja aux cheveux bleus, Bob Marley réincarné en chien, Jésus et son frère jumeau caché, "livre flottant", "renard du sentier", "singe ivre" : Théo et les métamorphoses jongle dans un multi-monde de transformations perpétuelles au rythme de l’énergie chaotique et joyeuse du personnage, sur fond de références cryptiques à la spiritualité asiatique. Une poésie hors normes triturant l’inconscient dont la cohérence est un véritable tour de force et qui ne manque pas d’humour, mais qui se révèle paradoxalement un brin lassant une fois l’effet initial de surprise estompé. Injectée sans référence dans le film, la citation de Martinus von Biberach, "je viens je ne sais d’où, je suis je ne sais qui, je meurs je ne sais quand, je vais je ne sais où" symbolise à merveille la puissance et les limites de l’œuvre d’un artiste très doué ayant choisi de ne pas contrecarrer sa nature.

Produit par Kidam avec Bord Cadre films, Théo et les métamorphoses a été coproduit par Wild Bunch, Same Player, Transpalux, ABS Productions et Freestudios.

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