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FILMS / CRITIQUES Estonie / Royaume-Uni

Critique : Firebird

par 

- Dans son premier long-métrage de fiction, qui se passe en partie sur une base militaire dans l’Estonie occupée par les Soviétiques, l’Estonien Peeter Rebane raconte un amour queer mis à rude épreuve

Critique : Firebird
Tom Prior (à gauche) et Oleg Zagorodnii dans Firebird

The girls, they love to see you shoot…” ("Les filles, elles adorent te voir tirer avec ton arme...", ndlt.) : ainsi dit le single “I Love a Man in a Uniform” lancé par les Gang of Four en 1982, qui évoque très explicitement la relation improbable entre sexualité et service militaire. Quoique Firebird [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
de Peeter Rebane (qui a fait, la semaine dernière, l’ouverture du Festival Flare du BFI, dédié au cinéma LGBTQIA+) n’ait pas d’intention satirique, contrairement à la chanson, ce film s’intéresse également à la manière dont les images du pouvoir militaire et de la domination peuvent être éroticisées, et à l'exploration des baraques militaires comme un environnement potentiellement arcadien où la beauté physique masculine est exaltée.

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Tout ceci coïncide bien avec la vision proposée par Rebane des dernières années de l’URSS, où plaisir et liberté s'obtenaient à la sauvette dans l'ombre (les relations homosexuelles ont été considérées comme un crime en Russie jusqu’en 1993). Bien que le réalisateur se soit personnellement investi dans ce film, inspiré des mémoires peu connus de Sergey Fetisov, qui résonnent bien avec l'enfance du réalisateur dans une Estonie occupée par la Soviétiques, le film pâtit du choix d'un ton général et inoffensif, comme si l'auteur voulait courtiser le grand public le plus largement possible sans pour autant rien lui céder, pas même les contours, de l'émotion bouleversante de l'histoire originale.

Le film commence en 1977, comme le précise un carton à l’écran indiquant la date et le lieu (la base de l'armée de l'air de Haapsalu, à l'ouest de l'Estonie) dans la police Courier des logiciels de traitement de texte de l'époque. Sergueï Serebrennikov (Tom Prior), un personnage dont le patronyme renvoie aux problèmes du cinéaste russe du même nom avec la censure dans son pays, est un jeune soldat à quelques semaines de la fin de son déploiement dont le potentiel futur dans les forces armées est loué par le Colonel Kuznetsov (Nicholas Woodeson, qui livre dans ce rôle de papy une interprétation bizarrement géniale) et dont la main (au sens romantique) est désirée par Luisa (Diana Pozharskaya), une typographe qui aspire à devenir docteur en médecine. Cependant, un sentiment d’insatisfaction et de déplacement continue de le ronger et l’apparition fortuite d’un nouveau capitaine de l’armée de l’air, Roman (Oleg Zagorodnii), éveille en lui de nouvelles passions.

Les deux hommes tombent amoureux, ils ont une liaison clandestine, et Roman encourage l'ambition qu'a Sergueï de devenir acteur en suivant des cours à l’école d'art dramatique de Moscou (au plus profond de sa détresse existentielle, Sergueï lit avec une sincérité désarmante le soliloque "être ou ne pas être" de Hamlet dans un livre disponible dans la bibliothèque de la base militaire). Le duo arrive aussi à s'évader en ville pour une représentation en matinée du ballet L’oiseau de feu de Stravinsky (d'où le titre du film, ndlt.), et bien qu'ils tâchent de rester discrets, des yeux hostiles s'aperçoivent qu'ils ont une liaison. Roman se voit forcé à une imposture de mariage avec Luisa (qui ignore tout de son orientation sexuelle) pour dissiper les soupçons. Ces reférences aux textes classiques, avec leurs passions volatiles qui semblent un horizon très désirable pour ces militaires vivant à l'étroit, finissent par mettre cruellement en relief tout ce que Firebird a d'insipide. Après un premier acte prometteur, Rebane a du mal à faire ressortir la résilience de l’histoire d’amour frustrée de Sergueï et Roman, surtout une fois que le second se retrouve dans les liens du mariage et devient père.

Pour son type de budget, Firebird est superbement et pleinement rehaussé par sa production, et ne fait jamais l'effet d'être bon marché ni d'essayer de camoufler des plans en extérieur peu convaincants, comme beaucoup de films historiques sont forcés de le faire. Mais ce classicisme ne va pas sans un certain conservatisme, et le film ne s'engage qu'à petits pas de bébé dans un récit qui laisse étonnamment froid, même au moment où les deux héros s'abîment dans le désespoir. Le potentiel subversif de l’amour dans un environnement machiste fait d’entraînements au combat et de torses musculeux est abandonné pour un final ancré dans le monde du théâtre à Moscou qui est plus raffiné sur le plan esthétique, mais sans intérêt.

Firebird est une coproduction entre l’Estonie et le Royaume-Uni produite par The Factory en coproduction avec No Reservations Entertainment.

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(Traduit de l'anglais)

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