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FILMS / CRITIQUES Suisse

Critique : Anche stanotte le mucche danzeranno sul tetto

par 

- Dans son nouveau documentaire, qui a remporté le Festival du film de Trente, Aldo Gugolz se prépare pour un mystère montagnard suisse

Critique : Anche stanotte le mucche danzeranno sul tetto

Si fabriquer du fromage de chèvre dans une cabane isolée dans les Alpes, loin du tumulte et de la foule, semble un rêve devenu réalité, eh bien dans Anche stanotte le mucche danzeranno sul tetto [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Aldo Gugolz
fiche film
]
, le réalisateur Aldo Gugolz ne perd pas de temps pour le briser en mille morceaux. Son personnage principal, Fabiano, est encore un tenant du style de vie traditionnel. Élevé par des parents libres d’esprit, c’est somme toute la seule vie qu’il ait jamais connue. Cependant, son travail est de plus en plus dur, et l'avenir une perspective de plus en plus maussade, d'autant qu’il est sur le point de devenir père à son tour. Et puis, il y a le problème posé par un certain cadavre...

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Le corps en question, retrouvé dans une vallée isolée en 2017, est celui d'un saisonnier macédonien qui n’a même pas été déclaré disparu, et travaillait illégalement dans la ferme laitière de Fabiano. À mesure que l’enquête avance (et que des doigts accusateurs se mettent à pointer dans sa direction), l’obscurité s'abat sur son univers. Elle était probablement déjà là (non qu'on ait vraiment pu le remarquer, avec toute cette brume) qui menaçait déjà d'engloutir tout le produit de son dur labeur pour rester à flot. Cependant, contrairement aux équipes télé qui aflluent à la ferme pour filmer des reportages, Gugolz semble bien moins intéressé par le mystère à proprement parler, celui du cadavre, que par ces gens qui, en dépit de tout, n'ont d'autre choix que celui de continuer à travailler. Ils sont visiblement fourbus et d’apparence négligée la plupart du temps parce que, comme il est dit à un moment du film, une fois qu’on se met à faire du fromage, on est occupé toute la journée. Dans ces conditions, pas étonnant qu’il ne leur reste pas un moment pour se demander où est passé un des nombreux travailleurs clandestins qui ont fait une saison chez eux.

Ceci étant dit, après la découverte du corps, la peur reste chevillée au corps de Fabiano, et se met à le ronger. C’est le fait de ne pas savoir qui rend la chose encore pire : de ne pas savoir si l’homme qu’il a connu a simplement glissé et trouvé la mort, ou si l''explication est plus sinistre que cela. On a néanmoins du mal à identifier l'objet de l'attention de Gugolz ici : son sujet est-il le combat pour ce style de vie alternatif (l'ironie étant qu'il semble à vrai dire vider les gens de toute vitalité) ou la prise de conscience que parfois, il est tout simplement trop tard pour changer, trop tard pour partir et s'installer dans une de ces villes où "tout est gris" et où on ne peut plus vraiment respirer ?

Dans un cas comme dans l’autre, à l'évidence, le réalisateur prend vraiment à bras le corps la fonction de psy qu'il se met à avoir avec tous les gens impliqués, y compris la compagne de Fabiano, Eva, une femme qui ne s’en laisse pas conter. Ils partagent avec lui leurs plus grandes craintes – par rapport aux questions d’argent, aux dettes, à l’alcoolisme, sans compter la pression qu'ils sentent d’avoir un foyer "normal" une fois que l’enfant sera né – et semblent apprécier sa présence, or arriver à cela est une prouesse assez rare pour un documentariste. Plus de clarté et un rythme plus soutenu n'auraient pas nui, mais Cows... reste un petit film atmosphérique qui a su attirer l'attention à Visions du Réel et, plus récemment, au Festival du film de Trente. Il montre un endroit qui est à la fois beau et sacrément hostile, forçant parfois ses habitants à se contenter de ne pas y penser, tout en répétant le refrain qui a marqué toute leur existence : "c’est comme ça". Et plus vite on l'accepte, mieux on se porte.

Anche stanotte le mucche danzeranno sul tetto a été produit en Suisse par Rough Cat en coproduction avec revolumenfilm. Les ventes internationales du film sont gérées par Antidote Sales. Sa distribution nationale a été confiée à First Hand Films.

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(Traduit de l'anglais)

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