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ZAGREBDOX 2021

Critique : The Wire

par 

- Tiha K. Gudac montre que si on veut diviser encore plus l'Europe, en mode bricolage fait maison, la barrière en fil barbelé est encore le meilleur choix

Critique : The Wire

Au cas où quelqu’un s'interrogerait sur la rivière Kupa, qui constitue une frontière naturelle entre la Croatie et la Slovénie, les prospectus touristiques ont déjà couvert le sujet : "Quelle rivière prend sa source dans un des huit parcs nationaux de Croatie, et quelle source est protégée en tant que monument naturel ? Quelle rivière est ornée par la vallée connue comme "la merveilleuse vallée des papillons ?". Enfin bon, peut-être pas, et pas seulement parce que les questions rhétoriques sont généralement agaçantes.

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Dans The Wire [+lire aussi :
interview : Tiha K. Gudac
fiche film
]
 de Tiha K. Gudac, hélas, pas de papillons ; en revanche, on a un élément nouveau : une barrière de barbelés, installée par le gouvernement slovène afin d’empêcher les réfugiés d’entrer en Europe. Il est vrai qu'elle n’est pas la seule dans son genre : le mur de Trump a sans doute monopolisé l’attention, mais des initiatives similaires ont fait irruption un peu partout en Europe, ni vu ni connu. Certains acceptent, voire accueillent avec plaisir ces constructions nouvelles ; d'autres, comme l’artiste slovaque Tomáš Rafa, par exemple, s'affairent à les couvrir de dessins à la peinture en signe de protestation. Mais le documentaire de Gudac – présenté à ZagrebDox, en compétition régionale – prouve à quel point ces barrières sont toxiques, pour tous les gens concernés.

Il y a quelque chose de très agressif dans cette barrière en particulier, qui est là, avec sa laideur éhontée, plantée au beau milieu d’un endroit qui semblait initialement si accueillant. "Semblait", parce qu'une fois que la chose est là, c’est presque comme si toute la mocheté avait été invitée à jaillir à son gré et à venir se prélasser à ciel ouvert. "Des gens ont fait l’amour sous ces ponts", se plaint un homme, anxieux de revenir au bon vieux temps, quand tout le monde se réunissait, tout simplement, corps et âme. Après, une telle époque a-t-elle réellement existé ? Ou n’y a-t-il pas toujours eu quelque chose de sombre, tapi quelque part, surtout quand on voit comme il s'en faut de peu pour que les vieux conflits et les accusations se mettent à fuser de nouveau.

The Wire, qui fait partie d’un projet plus vaste – une compilation de six films documentaires s'intéressant à des "frontières" de ce genre en Europe –, parvient bien à observer toutes ces dynamiques de petite échelle et cette méchanceté quotidienne, qui semble toujours guetter au coin de la rue. C’est le genre d’histoire qui ferait un parfait roman-saga s'étalant sur plusieurs décennies, et malgré son contexte historique spécifique, elle reste universelle – comme le sont les cris des réfugiés (ou des "illégaux", selon l'angle sous lequel on voit les choses) quand ils se retrouvent pris dans ce qu’ils appellent "la jungle". Entre les monceaux de souffrance qu'il y a d'un côté et les marathons joyeux qui ont lieu de l’autre, Gudac montre un endroit atteint d'un trouble de la personnalité, dévoré tout cru par ce nouvel ajout pointu et coupant. "Qu’est-ce qu’il y a d'européen là-dedans ? Rien !", dit quelqu'un dans le film, d'un air abattu, mais de la manière dont vont les choses, une telle affirmation pourrait bien ne pas être tout à fait vraie.

The Wire est une production entre la Lituanie, la Croatie, la Slovénie, la Belgique et la Norvège qui a réuni les efforts d'Off World, Kinoteka, URGH!, In_Script et Relation04 Media.

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(Traduit de l'anglais)

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