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CANNES 2021

Vers un accord sur la chronologie des médias en France ?

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- CANNES 2021 : Les dernières négociations entre professionnels et plateformes implantées en France, qui semblent sur le point d'aboutir, ont été au centre d’un débat CNC

Vers un accord sur la chronologie des médias en France ?
Un moment du débat

Au centre du débat CNC de samedi 10 juillet, il y avait un éléphant dans un magasin de porcelaine : la chronologie des médias française. Le panel réuni au pavillon du CNC s'est d'abord félicité de l'avancée des négociations entre professionnels de l'audiovisuel et plateformes : Pascal Rogard, DG de la SACD et modérateur du débat, ainsi qu'Olivier Henrard, directeur adjoint du CNC, étaient aux premières loges de ces longues tractations, appuyés côté européen par Luis Chaby Vaz, président des European Film Agencies (EFAD), regroupement des équivalents du CNC dans 35 pays d'Europe, ainsi que par Laurence Farreng, deputée européenne française coordinatrice de la commission culture et éducation.

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Il s'agit aujourd'hui de mettre en place les dernières pierres d'un édifice législatif sophistiqué au service de la création française face à la puissance des plateformes, sans faire écrouler le château de cartes. Pour Olivier Henrard, la conclusion est proche : "Nous avons sécurisé davantage de financements dans la création française et européenne, renforcé les diffuseurs nationaux, protégé le droit d'auteur à la française, et préservé l'indépendance et la diversité de la production nationale." Depuis 2018 le CNC récolte une taxe assise sur les chiffres d'affaire des plateformes payantes et gratuites, qui a demandé 5 ans de négociation. Pendant ce temps, la directive SMA a été votée à la commission européenne, et la France a voté sa transposition via un décret en application depuis le 22 juin dernier :  20 à 25% du CA des plateformes est orienté vers des investissements dans la production audiovisuelle française indépendante, dont 1/5e pour le cinéma. De plus, le CNC a conditionné l'accès des plateformes à ses aides au respect du droit d'auteur à la française.

Carole Scotta (Haut et Court), productrice indépendante, également distributrice (elle est présidente du Dire) n'a pas manqué de rappeler que l'enjeu était autant culturel qu'économique : "il faut éviter que les investissements des plateformes se portent sur un nombre limité de films ou de séries que tout le monde réclament en même temps. C'est la marge qui nourrit le centre." Et de citer la série Les revenants que Haut et Court a produit avec Canal +, après le long métrage du même titre de Robin Campillo en 2004 et en allant chercher le jeune réalisateur Fabrice Gobert, découvert à Cannes en 2010. Un temps de découverte et de construction qui n'est pas celui des plateformes...

Pour les diffuseurs, Manuel Alduy, directeur du cinéma et du développement international était présent pour France Télévisions et Yohan Bernard pour Amazon dont il est directeur des affaires publiques Europe. Seul à parler au nom des plateformes (Netflix est quasiment absent de Cannes cette année) il a cité les premiers pas dans la production française de Prime Vidéo : pour les séries, Mixte sera suivie de Totems, Miskina, et Salade grecque par Cédric Klapisch. Pour le cinéma, il cite Le bal des folles [+lire aussi :
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de Mélanie Laurent, Flashback de Caroline Vigneaux, I love America de Lisa Azuelos. Il faut préciser qu'Amazon Prime a un prix public à 49 euros par an, bien en dessous de ceux de ses concurrents, de 150 à 200 euros par an. Cette assiette de calcul des obligations et taxes d'Amazon reste donc sous-estimée pour certains, à la limite d'une "vente à perte".

Aujourd'hui deux réformes sont encore en route : la révision du décret TNT pour conforter la position des diffuseurs historiques et rentabiliser leurs investissements et la fameuse chronologie des médias.

Cette autre exception culturelle française doit être à nouveau renégociée dans ce nouveau contexte. Luis Vaz pour les EFAD rappelle que même s'il n'y a que deux pays qui ont une chronologie des médias en Europe, "ce qui est important c'est une garantie de circulation des oeuvres européennes de cinéma et un respect du rôle des exploitants et distributeurs." Les exploitants français venant à peine de retrouver un rythme de croisière, défendent leurs salles. Canal + est sans doute la chaîne qui a le plus à perdre dans une réduction de sa fenêtre de diffusion. La négociation entre professionnels se durcit donc, selon les propres termes de Manuel Alduy, qui a longtemps été à Canal +, puis à la Fox avant de rejoindre France Télévisions. "Quand on nage en eaux profondes, parfois il vaut mieux se taire, résume-t-il. Aujourd'hui que l'offre légale de films est surabondante, nous, chaînes en clair n'avons jamais remis en cause nos obligations et notre place dans la chronologie. Le public a droit au cinéma gratuit à la télévision, et de notre côté nous nous devons de rajeunir l'âge moyen du téléspectateur de France Télévisions." Il cite les 3,7 millions de téléspectateurs pour Les Chatouilles [+lire aussi :
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d'Andréa Bescond et Eric Métayer sur France 2 en soulignant l'importance du replay, mode de consommation des plus jeunes : "Notre éditorialisation de demain c'est de pouvoir jouer sur le linéaire et le non linéaire."

Quant aux plateformes... elles demandent à pouvoir expérimenter, comme le résume Yohan Benard pour Amazon : "si l'on veut construire un dispositif durable, il faut de la souplesse dans la chronologie, d'autant que la diversité des acteurs, des formats et des technologies, n'a jamais été aussi importante." Une logique de la demande, quand la productrice Carole Scotta défend une logique de l'offre : "La mise en valeur des oeuvres commence par la salle de cinéma, puis la VOD et Canal +. C'est après que ça se complique : une plateforme diffuse souvent sur 180 pays, il existe un vrai problème de lisibilité pour les ayants droits. C'est aussi une question civique : est-ce normal que certains films américains ne puissent aujourd'hui être vus que par des abonnés qui paient ?"

Un équilibre sera-t-il trouvé d'ici à la rentrée de septembre 2021 ? Impossible de le prédire, mais la mobilisation de la Ministre de la culture qui a conclu le débat est forte : si les négociations sur la chronologie entre professionnels n'aboutissent pas dans les prochaines semaines, elle fera appel au gouvernement. Comme l'a résumé Roselyne Bachelot : "il n'y a pas que l'amour, il y a des preuves d'amour". Il faudra donc que les plateformes donnent des preuves. De plus, il reste des moyens de pression via l'Europe : le "digital service act" qui arrive très bientôt, cité par Laurence Farreng, doit réguler la responsabilité des plateformes sur les contenus. Et la France, pays le plus fortement mobilisé, prendra la présidence de l'Union européenne en janvier 2022.

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