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SAN SEBASTIÁN 2021 New Directors

Critique : Mikado

par 

- Dans une économie de moyens impressionnante, Emanuel Pârvu explore les idées de culpabilité et de responsabilités à prendre

Critique : Mikado
Tudor Cucu-Dumitrescu, Șerban Pavlu et Ana Indricău dans Mikado

Quatre ans après avoir remporté le Cœur de Sarajevo du meilleur réalisateur avec Meda or The Not So Bright Side of Things [+lire aussi :
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, le réalisateur, scénariste et acteur roumain Emanuel Pârvu revient dans un grand festival avec un deuxième long-métrage portant un titre moins ingrat et très adapté : Mikado [+lire aussi :
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, en lice dans la section New Directors du Festival de San Sebastian.

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Le scénario, co-écrit par Pârvu avec Alexandru Popa, s'ouvre sur un moment partagé par un père, Cristi (Şerban Pavlu), et sa fille adolescente Magda (Ana Indricău). C’est l’anniversaire de Magda et Cristi lui offre un bracelet très coûteux, sauf que le jour même, Magda offre à son tour le bracelet à une malade dans le département cancérologie où son petit ami Iulian (Tudor Cucu-Dumitrescu, qui fait ici un impressionnant début à l’écran) va régulièrement pour distraire les jeunes patients en faisant des tours de magie. La manière dont Cristi réagit quand il découvre que Magda a donné son cadeau à quelqu’un d’autre, et le fait que sa réaction est peut-être ce qui cause ensuite une attaque qui sera fatale à la mère de Iulian (Tania Filip), infirmière dans ce département cancérologie, va mettre en branle une succession d’événements imprévisibles.

Le problème avec la prémisse de cette histoire est qu’elle se fonde sur tellement peu d’éléments que Mikado fait l'effet d'une expérience en laboratoire : chaque élément de l’histoire sert à créer le plus d’entropie possible et la dynamique la plus imprévisible qui soit. La méthode est certes efficace, mais elle fait que le film s'éloigne beaucoup de l'approche "tranche de vie" pour se rapprocher davantage d’une étude de cas. Cela dit, si Mikado ne couvre pas un terrain vaste, ce long-métrage explore indéniablement les choses en profondeur, mettant les notions de culpabilité et de prise de responsabilité sous une loupe puissante.

Là où Pârvu (qui est un acteur accompli – il a notamment livré une interprétation impressionnante dans Miracle [+lire aussi :
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de Bogdan George Apetri, sélectionné à Venise dans la section Orizzonti) réussit bien, c'est qu’il parvient à créer de l’empathie et à convaincre le spectateur de se mettre dans la peau du personnage et de se poser des questions très personnelles. Comment aurait-il réagi à la place de Cristi ? Est-ce que ses actes sont motivés par la culpabilité ? Est-il effectivement coupable et devrait-on lui imputer la responsabilité de ce qui est survenu ? Quelle que soit la réponse, le résultat est que Mikado happe le spectateur dans un enchevêtrement complexe de forces contraires, tout cela en parlant du fait que certains événements ont des conséquences que personne ne peut ignorer. On comprend ainsi la raison pour laquelle le jeu de mikado a donné un titre parfait à ce film : n’importe quel acte de n’importe quel personnage y provoque une réaction chez les autres.

Cristi n'est peut-être pas le personnage le plus aimable de la production roumaine récente, mais au moins, on comprend ses réactions. Un traumatisme passé fait qu’il se sent constamment impuissant, ce qui se traduit par une obsession du contrôle, qu’il est prêt à exercer à n’importe quel moment dans toutes ses relations humaines. Est-ce que cela fait de lui un méchant ? Pas du tout, quoiqu’il se comporte parfois comme un méchant. À l'inverse, Iulian, qui est un jeune homme toujours heureux comme tout (jusqu'au moment où il est confronté lui-même à un traumatisme), fait parfaitement pendant à Cristi, les deux personnages créant une dynamique puissante qui est rendue encore plus intense par le fait qu’ils ont tous les deux une relation étroite avec Magda. L'un a peut-être tué la personne que l’autre aime le plus, mais l'autre est peut-être en train de voler la personne que le premier aime le plus.

Hélas, fidèles à leur approche ultra-efficace et minimaliste de cette dissection d'une situation complexe, les deux scénaristes ont choisi un dénouement censé opérer un revirement complet de situation et boucler la boucle, or ce dénouement était peut-être une bonne idée sur le papier, mais à l'écran, il paraît artificiel et, surtout, pas nécessaire.

Mikado a été produit par Famart Association (Roumanie) en coproduction avec I/O Post (République tchèque). La société de production s'occupera aussi de la distribution du film en Roumanie à partir du mois de novembre.

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(Traduit de l'anglais)

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