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VISIONS DU RÉEL 2022 Compétition Burning Lights

Critique : Getting Old Stinks

par 

- Peter Entell nous raconte le quotidien d’un homme désormais âgé (son père) qui s’est retrouvé à élever seule ses quatre enfants

Critique : Getting Old Stinks

Il aura fallu quinze ans pour que Peter Entell arrive à visionner et réarranger les nombreuses images qu’il avait tournées de son père (qu’il a suivi sur autant d’années, 15), installé aux États-Unis. Une longue attente pour un réalisateur qui ne tourne pas souvent (pour ne pas dire jamais) sa caméra vers lui-même, vers son propre vécu. Les images qu'il nous offre, pudiques et courageuses, en disent plus long que les mots ne pourraient le faire, et nous confrontent à une réalité, liée à la vieillesse et aux liens familiaux, qu'on tend souvent à mettre en sourdine.

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Le réalisateur américain, mais suisse d'adoption, revient à Visions du Réel avec Getting Old Stinks, quatre ans après y avoir présenté, déjà dans la section compétitive Burning Lights, le film Sisters [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
. Si ce travail évoquait les liens familiaux (entre deux soeurs séparées à la naissance), Getting Old Stinks va encore plus loin en dévoilant une facette inédite d'un réalisateur impliqué. Le film nous transporte en effet au coeur de son histoire familiale, guidée par un père jovial et tendre dont on devine cependant qu’il a beaucoup de zones d’ombre : l’immigration à deux ans seulement et la mort prématurée de sa femme, qui n'apparaît dans le film que comme une ombre et dont il ne discute jamais avec son fils.

Sous ses airs de "film sur la famille", Getting Old Stinks s'avère plus complexe ; c’est un récit fait de nombreuses strates qui ne s'effleurent que peu en interagissant entre elles. D’un côté, on a l’histoire du père du réalisateur, entrelacée avec la problématique du vieillissement, de l’autre on a celle de la mère qui, étant décédée soudainement encore jeune, n'a jamais été confrontée au passage du temps. Parallèlement à cela se dessine cependant une autre histoire : celle du réalisateur et de son rapport avec ces deux figures centrales renfermant des secrets qui resteront à jamais tus. Dans les interstices entre ces différents récits se cache, enfin, une série de micro-vérités (comme le fait que son père, à présent tellement fragile et affable, ne sachant pas, des années plus tôt, comment "éduquer" son fils, le battait) qui compliquent le cadre d’ensemble et nimbent toute l’histoire d'un halo de mystère inattendu.

La voix du réalisateur, souvent absent de ses films, se fait entendre pour commenter une réalité qui n'appartient qu'à lui mais qui, en même temps, nous parle à tous : le rapport qu'on a avec les gens de sa famille, fait d’intimité mais aussi de mystère. À travers ses commentaires, Entell fouille un réseau de relations très dense, composée de rituels, d’une légère dose d’humour et de blessures encore trop douloureuses pour être affrontées. Comme la vie elle-même, le film se compose de scènes qui semblent se répéter à l’infini : les anniversaires fêtés toujours dans le même restaurant, où l'on dit toujours les mêmes blagues, les petits chocolats au kirsch ramenés de Suisse et l'indispensable ritournelle sur les embrassades que le père reprend sans arrêt. Un mouvement cyclique marqué par des changements subtils mais significatifs qui mettent en évidence l’inarrêtable passage du temps : les trous de mémoire, les mouvements qui se font de plus en plus lents... Malgré les sujets graves abordés ici (la vieillesse – des parents mais aussi la sienne –, la mort des personnes qui nous sont chères), Getting Old Stinks parvient cependant, tout de même, grâce à l’humour et à la générosité de ses sujets, à ne pas tomber dans le nihilisme pur. Une lueur à laquelle chacun peut attribuer le sens qu’il veut.

Getting Old Stinks a été produit par Show and Tell Films, qui s’occupe aussi de ses ventes internationales.

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(Traduit de l'italien)

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