email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2022 Séances spéciales

Critique : Riposte féministe

par 

- CANNES 2022 : Dans ce documentaire louable par Simon Depardon et Marie Perennès, des femmes se réapproprient les rues et on tient forcément pour elles

Critique : Riposte féministe

Riposte féministe [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Marie Perennès et Simon De…
fiche film
]
de Marie Perennès et Simon Depardon, sélectionné au 75e Festival de Cannes parmi les séances spéciales et dédié à des groupes de féministes actives partout en France, ne cherche pas à révolutionner le cinéma documentaire : il n’y a vraiment pas plus basique, les deux réalisateurs aimant mieux, comme ils l'ont dit à Cineuropa, disparaître derrière la caméra.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cette affirmation n'est pas vraie à 100 % : le film utilse une voix off d'introduction (un peu trop solennelle d’ailleurs, surtout face à l’énergie de ces filles). Heureusement, il abandonne vite ce dispositif : Alizée chante et les gens dansent. Ça peut paraître bête, mais ça ne l’est pas : être vivant, heureux et le montrer en public, c'est un acte de résistance important.

Aussi parce que, comme quelqu’un le fait valoir dans le film, ce qu’on appelle les "espaces publics" ne font pas toujours l'effet de répondre à cette description. Ils sont ouverts aux hommes et très souvent, ce sont eux qui y dictent les règles. Soudain, des femmes qui sont juste en train de marcher dans la rue se sentent menacées ou avilies, ou on leur manque de respect. Après l'affaire Sarah Everard, on a entendu beaucoup de phrases comme ça, répétées encore et encore : "elle rentrait simplement chez elle", "elle faisait juste un jogging", "elle était juste en chemin pour retrouver des amis". Et puis elle a été attaquée, blessée ou tuée. Dans un espace public.

Évidemment, ça n’a rien de nouveau, mais les jeunes femmes d’aujourd’hui refusent de l’accepter, du moins celles qu’on voit dans le film. Elles sont furieuses et armées de pinceaux. Perennès et Depardon se penchent sur des gens qui font partie de "collectifs de collage féministes", principalement des filles, qui sortent la nuit avec des seaux de colle et du papier et placardent sur les murs des phrases condamnant la violence et les féminicides :
"Même mon chien comprend quand je lui dis non" :
"Il n’y a pas d’amour dans les crimes, ne les appelez pas crimes passionnels" ;
"Moi, je te crois".
En d’autres termes, ces messages sont généralement courts et très directs.

Franchement, ça fait un peu street art, c'est comme de la poésie qui vous regarde dans les yeux tandis que vous vaquez à vos activités quotidiennes. Lors de récentes manifestations en Pologne, principalement provoquées par les restrictions sur l’avortement, les gens aussi étaient assez créatifs sur le plan linguistique, et eux aussi se tenaient à des slogans courts et directs ("fuck off" stylé comme le célèbre logo Solidarność étant un des principaux). Il serait intéressant d’explorer davantage ce sujet précis un de ces jours, d'examiner comment le langage peut être utilisé dans ce genre de cas. Comment il peut aider.

Contrairement à certains documentaires récents sur de jeunes activistes, surtout ceux qui se concentrent sur le réchauffement climatique, celui-ci ne cherche pas les héros de demain. C’est un effort de groupe, d'afficher ces collages sur les murs, et le film est lui aussi choral. Il est bien dit que les choses ne seront pas toujours plaisantes là-dedans : si "le patriarcat est violent, son déclin le sera aussi". Certaines aimeraient déjà pousser les choses beaucoup plus loin : quand elles sont confrontées à des groupes anti-avortement, elles leur crient en plein visage : "Mon corps, mon choix, FERME LA !".

Mais au bout du compte, au lieu d'effrayer les nouveaux venus potentiels, ce documentaire pourrait à vrai dire être considéré comme encourageant. Ces combattantes (et combattants) trouvent de la joie dans la compagnie des autres, dans le fait de faire des choses ensemble. Elles s'encouragent les unes les autres, partagent des détails de leur vie. Elles (et ils) veulent améliorer les choses, même si concrètement, leur méthode de choix ne va pas tenir très longtemps. Parfois, elles ont à peine fini que quelqu’un est déjà en train de retirer leurs collages du mur. Elles irritent ces gens, ou peut-être que certains, comme les filles le font valoir, ne veulent tout simplement pas savoir. Personne n’a dit qu'être féministe serait facile. Pour ça, il ne suffit pas de regarder Portrait de la jeune fille en feu [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Céline Sciamma
fiche film
]
de Céline Sciamma, dit quelqu’un avec dédain, et beaucoup d'humour, dans le film. Pour moi, ce serait tout de même un sacré bon début.

Riposte féministe a été produit par Palmeraie et Désert et France 2 Cinéma. Les ventes internationales du film sont assurées par Wild Bunch.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy