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LOCARNO 2022 Cineasti del presente

Critique : Matadero

par 

- Le réalisateur argentin Santiago Fillol met en images le récit glaçant d'Esteban Echeverría

Critique : Matadero
Malena Villa et Julio Perillán dans Matadero

Le réalisateur argentin Santiago Fillol, co-réalisateur du documentaire Ich bin Enric Marco, sélectionné au Festival de Locarno en 2009 et collaborateur régulier d’Oliver Laxe, avec lequel il a co-écrit le scénario de Mimosas [+lire aussi :
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(2016) et Fire Will Come [+lire aussi :
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(2019), revient à Locarno, dans le cadre de la compétition Cineasti del presente, pour présenter son nouveau long-métrage, Matadero [+lire aussi :
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, une œuvre ambitieuse qui se propose de retranscrire en images l'univers radical et révolutionnaire d'El matadero d'Esteban Echeverría.

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La nouvelle d'Echeverría, écrite entre 1838 et 1840, dénonce les dérives violentes et le totalitarisme du régime de Juan Manuel de Rosas en le mettant en parallèle avec la cruauté des abattoirs, lieux emblématiques d’exploitation et de mort. El matadero raconte l’histoire d’un groupe de paysans qui décident de tuer et manger un homme riche, symbole d’un pouvoir injuste et opprimant créé par les puissants pour les puissants. L’abattoir sert de décor à Echeverría pour ce carnage révolutionnaire fortement symbolique. Malgré l'aura de texte culte de cette nouvelle, elle n’a jamais été portée sur le grand écran avant. Santiago Fillol relève le défi, conscient des dangers qu'une telle entreprise peut comporter : comment représenter la violence extrême d’actes que la société ne considère même plus comme humains ? Comment rendre actuel un récit qui se situe dans le passé à une époque bien précise, celle de l’Argentine de la première moitié du XIXe siècle ?

Le film s’ouvre sur une citation d’Echeverría : "la scène qui se passe dans l’abattoir était à voir, pas à écrire". On comprend ainsi d'emblée sur quelle voie Fillol a décidé de s’engager. Le réalisateur de Matadero s'interroge en effet d'entrée de jeu sur les possibilités et la faisabilité d'une représentation cinématographique de la violence aveugle qui s’est emparée des paysans dans l’abattoir. Son film est dominé par la présence d’un mystérieux réalisateur argentin, Jared (Julio Perillán), qui arrive dans la pampa argentine pour tourner son nouveau film. Ce que veut Jared, c’est mettre en scène la révolte d’un groupe de journaliers qui décident d'égorger leurs patrons, comme on le fait avec les animaux à l’abattoir.

Contrairement à la nouvelle d'Echeverría, le film se situe en 1973, un moment clef de l’Histoire de l’Argentine, peu avant le déclin de l’ère Perón (et le coup d’État qui a suivi), pendant lequel les persécutions dirigées contre la gauche deviennent de plus en plus véhémentes et violentes. Les jeunes acteurs du film sont justement en train de s’organiser pour intégrer le militantisme clandestin. Matadero est en ce sens dédié aux idéalistes des années 1970, ceux qui se sont battus de toutes leurs forces pour une société plus juste, risquant leur propre vie. Fillol semble vouloir nous rappeler que peu importe qui gagne, que l’important c’est la lutte, la force révolutionnaire qui anime le combat.

Malgré une narration qui manque parfois de rythme et de cet élan radical qui domine l’œuvre d’Echeverria, Fillol parvient à créer un film personnel et parfois déstabilisant. En choisissant de situer l’histoire dans les années 1970, il évite le piège de l’hommage obséquieux, tout en conservant l’esprit de l'oeuvre originelle. Avec Matadero, le réalisateur argentin met en scène les tensions, les pulsions et les luttes de pouvoir d’une époque, celle des années 1970, encore tristement actuelles de nos jours. Le récit d’Echeverria sert à Fillol de base, de matrice pour raconter l’histoire du tournage clandestin d'un film à travers les souvenirs de Vicenta (Malena Villa), la jeune assistante de Jared. Matadero est un film sur la révolution, mais aussi sur la fin d’une époque et sur la lutte pour conserver l’espoir d’un monde meilleur, quel que soit le prix à payer.

Matadero a été produit par la société argentine Magoya Films en coproduction avec El Viaje Films (Espagne), 4A4 Productions (France), Nina Produccions (Espagne) et Prisma Cine (Argentine).. Les ventes internationales du film sont gérées par l'enseigne britannique Alief.

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(Traduit de l'italien)

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