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BLACK NIGHTS 2022 Compétition

Critique : Toi non plus tu n'as rien vu

par 

- Béatrice Pollet signe un passionnant thriller judiciaire sur la question de la maternité, décryptant un acte en apparence incompréhensible

Critique : Toi non plus tu n'as rien vu
Géraldine Nakache et Maud Wyler dans Toi non plus tu n'as rien vu

"Mme Claire Morel a besoin de nous pour comprendre ce qui s’est passé. Si nous ne tentons pas de comprendre avec elle, nous n’avancerons pas." C’est au cœur d’une bien étrange affaire, une partie de cache-cache avec soi-même et peut-être avec les autres, que plonge le captivant Toi non plus tu n'as rien vu [+lire aussi :
interview : Béatrice Pollet
fiche film
]
de Béatrice Pollet, dévoilé en compétition 26e Festival Black Nights de Tallin.

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Inspiré de faits réels, le second long de la cinéaste française démarre (après un court prologue de bonheur familial) par une soirée sortant totalement de l’ordinaire pour le couple composé de Claire (Maud Wyler) et de Thomas (Grégoire Colin), parents de deux petites filles sagement endormies. À son retour tardif du travail, le second, ingénieur à l’Office National des Forêts, retrouve sa femme inanimée et ensanglantée, mais surtout, quelques heures après, il est placé (dans un état apparent d’incompréhension absolue) "en garde à vue pour complicité de tentative d’homicide sur une personne de moins de 15 ans". Le motif, il le révélera très vite à Sophie (Géraldine Nakache), l’amie avocate de Claire : "on a retrouvé un nouveau-né sur le container en face de notre maison. Ils disent que c’est l’enfant de Claire – C’est du délire ! - Ça ne peut pas être son bébé. Je serais au courant si ma femme était enceinte !"

À partir de ce coup de théâtre initial et de la sidération accablant les protagonistes (Claire est incarcérée et risque la perpétuité), le film détisse méthodiquement ce qui s’avère un déni de grossesse et creuse en profondeur à la recherche des racines de l’événement. Interrogatoires du juge d’instruction (Pascal Demolon), reconstitution, attaques du procureur ("votre abandon ressemble de très près à un infanticide, plus ou moins bien déguisé"), expertises psychiatriques pour évaluer l’altération ou non du discernement, parloirs de Claire avec Thomas pour le volet d’intimité du couple et avec Sophie pour préparer sa défense, ouverture du champs des possibles avec les constellations et les fantômes familiaux (les fidélités inconscientes qui nous relient à nos ascendants), poids de l’opinion publique (notamment des lettres anonymes du type "peine de mort pour ces salopes, l’IVG ne leur suffit pas"), difficile remontée progressive à la surface de Claire : sur quelques mois, Toi non plus tu n'as rien vu explore un mystère à la lisière de la science, entrouvrant la porte sur les liens entre maternité et psychisme.

Empathique mais sobre, ménageant habilement le suspense sans effets de manche (un très bon scénario écrit par la réalisatrice), interprété et mis en scène avec justesse (à signaler la photographie crépusculaire de Georges Lechaptois), Toi non plus tu n'as rien vu se révèle un film passionnant, très humain et éminemment féministe, levant le voile pour l’instruction de tous sur un acte à priori incompréhensible, y compris pour celles qui traversent ce genre d’épreuves.

Produit par Stéphanie Douet pour Sensito Films et coproduit par Jour2Fête (qui distribuera le film en France le 8 mars 2023), Toi non plus tu n'as rien vu est vendu à l’international par The Party Film Sales.

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