email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

SUNDANCE 2023 Compétition World Cinema Dramatic

Critique : Girl

par 

- Adura Onashile raconte l’histoire d’une mère et sa fille, récemment arrivées à Glasgow depuis l’Afrique, qui trouvent du réconfort l’une dans l’autre face à l’instabilité de leurs vies

Critique : Girl
Le’Shantey Bonsu et Déborah Lukumuena dans Girl

Une des premières vertus de Girl [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
d'Adura Onashile, projeté en première mondiale à Sundance, c’est l’impression de vérité émotionnelle et de transparence que le film dégage, tout en maintenant à distance certains détails de l’intrigue, du passé et des motivations des personnages. Il se trouve que ce genre d'approche est aussi une marque de fabrique du cinéma de Claire Denis, une des influences les plus branchées et omniprésentes sur les films de festivals contemporains, et c'est une vraie joie, après tant d’années de schémas conventionnels et de conformité stylistique, de voir le réalisme social britannique s’ouvrir à une conception plus risquée de l’ambition artistique. Girl fonde son intrigue sur des motifs (les difficultés qui se posent pour les immigrés et la résilience) qui tendent généralement à se lover dans le misérabilisme, mais au lieu de cela, en fait une matière voluptueuse et fluide, aussi tendrement chaude que le souffle de la figure maternelle du film tandis qu'elle borde sa fille pré-adolescente toute ensommeillée dans son lit.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Grace (Déborah Lukumuena, l’actrice françaisee couronnée d'un César pour son rôle dans Divines [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Houda Benyamina
fiche film
]
en 2017), traverse une crise émotionnelle et morale tout en essayant d’orienter sa fille Ama (Le’Shantey Bonsu) vers une existence bien britannique, confortable et intégrée – elles sont arrivées récemment d’un pays africain dans le nom n’est pas cité, où il est fortement sous-entendu à travers des flashbacks qu'Ama est née d’un viol. Tous les soirs, Grace quitte leur doux foyer dans une cité de Glasgow (une tour d'immeuble dépeinte avec quelque chose de l’austérité menaçante du premier long-métrage d’Andrea Arnold, Red Road [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
) pour un boulot de ménage nocturne dans un centre commercial du coin, non sans compter chaque pas en y allant comme en revenant, ce qui semble symptomatique d’un trouble obsessionnel compulsif. Ama, de son côté, a été placée sous la supervision partielle des services sociaux, son manque d'assiduité et ses médiocres résultats à l’école primaire ayant inquiété l'établissement, ce qui donne lieu à plusieurs rendez-vous intimidants avec une assistante sociale soutenue par l'instituteur. Lors de ces quasi-duels à mort en salle de classe (aussi revêtus de bonnes intentions qu'ils puissent être), Onashile montre habilement combien Ama brûle de formuler ses pensées discordantes, mais pas à travers les moyens directs ou verbaux qui pourraient apaiser ces adultes préoccupés.

Après à un début d’incendie (évocation glaçante du désastre de la Grenfell Tower en 2017) et l'évacuation subséquente de la cité qui place ses habitants dans un bâtiment résidentiel de meilleur standing, le duo mère-fille se retrouve chez l'habitant sous l'aimable supervision du propriétaire, Samuel (Danny Sapani), de descendance afro caribéenne, qui représente une vague d'immigration antérieure au Royaume-Uni, ce qui constituera pour le spectateur britannique un nouveau rappel de l’hostilité d’État à l’encontre de cette génération dite "Windrush". C’est dans ce moment du récit que les origines théâtrales d'Onashile se font sentir le plus efficacement, Lukumuena y étant gentiment guidée vers une gestuelle très accentuée qui compense, un peu comme dans la scène de la salle de classe, sa capacité à exprimer son désarroi psychologique et sa peur aux parties en présence, tandis que plane la menace qu'Ama soit placée ailleurs par les services de la protection de l’enfance.

En dépit de toutes ces qualités, l'impression qui domine en voyant Girl est qu'il s'agit plus d'une démonstration convaincante du talent d'Onashile qu'un film époustouflant en soi. Malgré toutes les décisions de mise en scène sensibles qu'on y voit, et l’authenticité du tableau de la précarité au Royaume-unI que ce travail brosse, Girl n'en penche pas moins majoritairement, dès son titre, trop familier et déjà utilisé tant de fois, vers le générique et le prudent, et ce sur des questions clefs. Tout du long, on regrette que cette confiance en soi absolue qu'on sent au niveau de la réalisation ne s'applique pas à tous les autres éléments de la production, à commencer par la manière (fataliste) dont le récit progresse.

Girl à été produit par la société britannique barry crerar. Les ventes internationales du film sont assurées par l'enseigne polonaise New Europe Film Sales.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy