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BERLINALE 2009 Special Gala / Royaume-Uni

L'éducation d'une jeune fille rangée

par 

Après le prix du public obtenu à Sundance, la projection spéciale à Berlin de An Education [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, premier film en anglais de la Danoise Lone Sherfig, était tellement bien achalandée que les organisateurs ont dû ouvrir sur le champ une seconde salle.

Le public n'aura pas été déçu : on est projeté dès les premières images (qui ne sont pas sans rappeler l'esthétique colorée du dernier Mike Leigh), au son d'une musique entraînante, dans une Angleterre délicieusement pittoresque du début des années 1960 habitée par une galerie de personnages très bien caractérisés (avec notamment un Alfred Molina brillamment empoté dans le rôle du père).

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La jeune et fraîche héroïne, Jenny (interprétée par une très convaincante Carey Mulligan), est une demoiselle accomplie qui suit des cours de maintien, converse en français, joue du violoncelle, excelle en littérature et doit sa répartie au scénario d'un Nick Hornby particulièrement spirituel qui a beaucoup amusé les spectateurs. C'est que Jenny prépare consciencieusement Oxford sous la houlette d'un père qui ne tolère que les activités pouvant faire bonne figure sur sa candidature à l'exclusion de celles auxquelles Jenny prend plaisir sans pouvoir justifier sa rigueur autrement qu'en lui disant que les "choses" (et l'indétermination du terme est au coeur du dilemme qui va se présenter pour Jenny) ne tombent pas des arbres.

C'est pourtant tout droit du ciel que semble arriver David (Peter Saarsgard), "juif errant" (selon le vocabulaire du père) plus âgé qu'elle éduqué à l'école de la vie qui fait figure de Gatsby et offre soudain à Jenny le monde virevoltant de concerts, de mondanités et d'hédonisme et toutes les "choses" auxquelles elle rêvait jusque là dans sa chambre en écoutant Juliette Gréco. Enivrée par cette liberté teintée de transgression (car ces "choses", ce séduisant escroc qu'est David les vole – ou les "libère", comme il dit, car rien ne "tombe des arbres" affirme-t-il lui aussi), elle a l'impression de "vivre" enfin et se met à questionner l'utilité de sa rigoureuse éducation (qui pour la sotte blonde qui, avec son nouveau groupe d'amis adultes, l'initie à la vie de femme entretenue, est presque contre-indiquée). Et puis il la demande en mariage, et elle fait son choix dans un aveuglement accrû par le fait que ce qu'une jeune fille de qualité comme elle doit poursuivre n'est jamais vraiment clair et qu'elle ne raisonne pas un seul instant en termes d'indépendance.

C'est qu'on est encore à la veille de la grande libération de la femme, a souligné la réalisatrice. Jenny, de même que sa mère d'ailleurs, est attirée par "la belle vie" que peut lui offrir un homme parce que les perspectives qui se présentent pour les femmes instruites sont encore restreintes et que Jenny n'envie pas la vie austère de ses enseignantes (dont Emma Thompson). La fièvre est déjà là mais le champ des possibles ne s'est pas encore ouvert. Pour tous les personnages, "une éducation" (scolaire ou empirique) est nécessaire mais comment définir laquelle convient quand le but auquel aspirer n'est pas clair. An Education est un ravissant portrait d'une époque sur le point de disparaître.

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